Questions/Réponses

Une association peut-elle faire des discriminations vis-à-vis de ses membres en raison de motifs religieux ?

Publié le 29/09/2026 par Vigie de la Laïcité
Avec Vigie de la Laïcité

Publié le 29/09/2026
Par Vigie de la Laïcité
Avec Vigie de la Laïcité

Question

Je me pose une question sur la légalité du règlement intérieur d’une association qui propose des activités de loisir du type “crochet” ou “rempaillage de fauteuils” et j’ai obtenu des réponses contradictoires de différents forums. Peut-être pourriez-vous m’aider à trouver une réponse fiable.
Cette association a ajouté à son règlement un article qui interdit aux adhérents (donc des personnes qui viennent faire une activité) le port de signes et de tenues traduisant ostensiblement une appartenance religieuse ou politique. Je crains que ceci ne soit contraire à la loi.
Cependant, on m’a opposé :
– qu’il s’agit d’une association privée et qu’ils font donc ce qu’ils veulent, que ce n’est pas un espace public (le bâtiment est pourtant ouvert au public, même si les salles sont normalement réservées aux adhérents de l’association),
– que même si c’était illégal on ne pourrait pas le faire retirer car ça a été voté par les membres du Bureau de l’association, et que si on veut le faire retirer il faudrait que quelqu’un porte plainte.

Pouvez-vous m’aider à démêler le vrai du faux ?
Ce règlement est-il légal ? Peut-il être maintenu ?
Sinon, quel(s) texte(s) de loi puis-je présenter aux dirigeants de cette association ?

Réponse

De jurisprudence constante, une association régie par la loi du 1er juillet 1901 dispose d’une liberté contractuelle qui lui permet, dans le respect de ses statuts, de choisir ses membres. Elle peut donc en principe refuser l’adhésion d’un nouveau membre ou le renouvellement de l’adhésion d’un ancien, sans avoir à motiver sa décision.

Toutefois, cette liberté n’est pas absolue. Elle est encadrée par les dispositions d’ordre public qui prohibent toute discrimination. Ainsi, un refus d’adhésion (ou une clause de règlement intérieur) ne peut être fondé sur l’origine, le sexe, les opinions politiques, les convictions religieuses ou philosophiques, ou tout autre critère visé aux articles 225-1 et suivants du Code pénal. La Cour de cassation l’a rappelé notamment à propos d’un refus d’adhésion motivé par les convictions politiques d’un candidat (Cass. 1re civ., 9 juill. 2015, n° 14-20.158).

Dès lors, une clause du règlement intérieur qui interdirait de façon générale et absolue le port de signes religieux ou politiques serait illégale. 

En revanche, il serait possible de prévoir des restrictions ciblées, objectives et proportionnées, par exemple pour des raisons de sécurité (tenue adaptée à une activité manuelle), d’hygiène, de protection des individus, de bonne marche de l’association, ou encore d’aptitude à la mission du bénévole. Dans ces cas, la limitation n’est pas fondée sur la conviction elle-même, mais sur des impératifs concrets et vérifiables.

En pratique, si une association peut refuser une adhésion sans donner de motif, elle s’expose à un risque juridique si ce refus repose en réalité sur un critère discriminatoire et non objectif. La difficulté réside alors dans la preuve, qui peut être apportée par des indices laissant présumer une discrimination et permettre la saisine du juge.

Pour ce faire, l’accompagnement par le ou la délégué•e du Défenseur des droits est possible. 

En résumé : l’association dispose d’une liberté pour choisir ses membres et peut poser des restrictions à ses bénévoles sur des critères objectifs, ciblés et proportionnés, mais cette liberté connaît une limite claire : l’interdiction des discriminations. La clause d’un règlement intérieur interdisant, sans s’appuyer sur un motif valable (sécurité, hygiène, protection des individus, bonne marche de l’association, aptitude à la mission du bénévole, respect de l’objet et des intérêts de l’association), le port de signes religieux ou politiques est donc illégale, et un refus d’adhésion pour ce seul motif le serait également.



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