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Laïcité et pluralisme: regards croisés entre la France et l’Allemagne

2 février - 3 février

Gratuit
La présence d’importantes communautés religieuses non chrétiennes dans les sociétés européennes, en particulier en France et en Allemagne, produit actuellement de nom- breux débats de société. Elle met aussi à l’épreuve les fondements même de la liberté de religion et de conviction telle qu’elle a été progressivement appliquée dans tous les États européens pour solder le temps sanglant des guerres de religion entre les différentes confessions chrétiennes. Les libertés individuelles se sont ainsi progressivement affermies à travers la sécularisation des États-nations. Dans certains pays comme la France, la définition révolutionnaire d’une citoyenneté unique – désormais indépendante de l’ap- partenance religieuse – a permis de garantir la liberté de conscience et de culte à tous les individus, y compris les non-chrétiens comme les juifs. Cette ouverture à un pluralisme légal s’est faite cependant à la condition que les manifestations religieuses et publiques s’exercent sans trouble dans un espace également partagé. Beaucoup de Français se demandent pourtant si aujourd’hui, les citoyens croyants toutes religions confondues (catholiques, protestantes, juives, musulmanes et autres), ne cherchent pas à mieux pro- mouvoir leur identité propre dans un marché éminemment concurrentiel, à travers une plus grande visibilisation de leurs pratiques religieuses dans l’espace public. Les débats récurrents autour de la résurgence de certaines pratiques qualifiées de religieuses (voile, kippa, prières et processions de rue, exigence de repas différenciés, circoncision et abat- tage rituel) nous obligent donc à une discussion renouvelée sur la question de l’altérité, du multiculturalisme et de la forme de laïcité que doit adopter un État libéral respectueux des droits de l’Homme. En opposant les expériences allemandes au cas français, nous tenterons d’enrichir le débat par des perspectives qui pourraient être oubliées dans les débats purement nationaux.
Face à l’adaptation progressive des confessions chrétiennes à la démocratie libérale et l’intégration citoyenne des minorités religieuses au xixe siècle, les effets sociaux de l’im- migration de personnes de religion musulmane ou de culture arabo-musulmane au sein des sociétés occidentales de la fin du xxe siècle sont bien souvent ressentis par nos concitoyens comme une sorte de retour en arrière. L’islam est de ce point de vue souvent considéré comme une menace pour la liberté d’expression, les droits des femmes, mais aussi comme une remise en question des acquis de la sécularisation obtenue au prix de luttes centenaires menées contre l’emprise des Églises dans la société.
La distinction bien établie entre le modèle culturaliste allemand et l’universalisme répub- licain français s’est ainsi estompée au fil des débats autour de l’islam, tout du long de ces quarante dernières années. Dans le cas français, l’adhésion aux principes de la Républi- que a même été avancée comme une condition première à l’intégration des musulmans en son sein. En Allemagne, une nouvelle notion, la Leitkultur, a été forgée autour de l’an 2000. Très contestée, elle inclue des références explicites au christianisme, vu comme étant culturellement et historiquement, dans ses formes catholiques et protestantes, la religion traditionnelle du pays. Ces deux notions, les principes républicains renvoyant à l’”exceptionnalisme français”, la Leitkultur à l’”essentialisme culturel allemand”, insistent tout particulièrement sur la spécificité et l’irréductibilité de l’identité nationale. Elles con- duisent de fait à envisager le rapport entre les différentes cultures en termes à nouveau hiérarchisés.
Originellement porteuses d’un modèle d’intégration, elles ont donc pris un sens nouveau au cours des dernières années. En France la laïcité fait partie de la vulgate républicaine et a été récemment relayée au plus haut niveau par l’intermédiaire d’une loi qui lui est spécifiquement dédiée. La promotion des principes républicains suggère pour ses interprètes les plus intransigeants, au contraire de la conception intégrative, la possi- bilité d’une politique d’invisibilisation – voire d’exclusion – vis-à-vis d’un fait religieux minoritaire considéré comme menaçant pour l’identité nationale s’il ne respecte pas les exigences et les formes institutionnelles des cultes. Quant à l’Allemagne, la Leitkultur n’a pas encore pu s’imposer officiellement face à la concurrence d’autres concepts comme le multiculturalisme, la garantie de la liberté individuelle ou bien encore l’exigence d’une place équitable donnée aux minorités dans l’espace public à travers la reconnaissance d’un statut de communauté religieuse de droit public, ou privé, ce qui équivaudrait à une “églisisation” institutionnelle (Verkirchlichung)notamment de l’islam.
À travers les expériences et la mémoire historiques de nos deux pays, envisagée sur le long terme et par l’examen des controverses qui y ont été suscitées, nous explorerons les conditions du vécu religieux minoritaire et les conflits de valeurs et de normes actuelle- ment à l’œuvre dans ces deux sociétés modernes. En croisant les héritages historiques et les expériences contemporaines, nous voudrions contribuer à mieux définir et aussi à repenser les modalités d’encadrement du pluralisme religieux en Europe, dans un cont- exte multiculturel et d‘immigration.

Lieu

Institut Historique Allemand
Paris, France

Organisateurs

Institut Historique Allemand
Vigie de la Laïcité