Questions/Réponses

Comment faciliter l’organisation de funérailles laïques ?

Publié le 01/10/2026 par Vigie de la Laïcité
Avec Vigie de la Laïcité

Publié le 01/10/2026
Par Vigie de la Laïcité
Avec Vigie de la Laïcité

Question

Alors qu’on vient de célébrer les 120 ans de la loi de séparation des églises et de l’Etat du 9 décembre 1905 il serait temps d’en tirer, enfin, toutes les conséquences en facilitant notamment, au plan local, l’organisation d’obsèques non religieuses, aujourd’hui souhaitées, par 83% de nos concitoyens.
En effet, si celles-ci sont légalement possibles, depuis 1887, les communes ne sont pas tenues d’en faciliter l’organisation dans des conditions convenables. Ainsi, dans ma commune des Yvelines, les impôts locaux contribuent à l’entretien de notre vieille et magnifique église St Martin, construite avant 1905, mais nous ne disposons pas d’une salle municipale dédiée à la célébration d’obsèques civiles. Les funérailles des affreux mécréants, comme moi, se déroulent le plus souvent en plein air, dans le cimetière municipal, dans un cadre inconfortable, notamment pour les plus anciens. L’assistance est debout et confrontée aux aléas de la météo (canicule en été, pluie, neige ou vent en hiver).
Certes les crématoriums savent maintenant organiser des cérémonies de grande qualité mais la crémation, en constante progression ces dernières années, ne concerne encore que 40% des inhumations. D’autre part, si, dans mon département, il y a le plus souvent une église dans chaque commune, il n’y a qu’un seul et unique crématorium, se situant à une trentaine de kilomètres de la mienne. Cette distance ne peut que décourager la participation d’un public plus large au-delà de la famille et des proches.
Il y a une dizaine d’années, des parlementaires socialistes avaient fait voter un texte, par l’Assemblée Nationale, obligeant les communes à se doter d’une salle spécifique pour ces cérémonies mais celui-ci avait été rejeté par le Sénat toujours fidèle aux combats sociétaux d’arrière-garde. Plus récemment, un parlementaire de la France Insoumise a repris ce combat, mais dans des conditions qui, malheureusement, ne lui permettront pas d’aboutir.
https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-4672
Cependant beaucoup d’initiatives sont prises actuellement, au niveau de la société civile, pour humaniser et individualiser la mort. Je pense notamment aux coopératives funéraires qui ont été présentées dans le 8éme programme TV du Conseil National Autoproclamé de la Vieillesse (CNAV) :
http://www.televioc.fr
Enfin l’inévitable adoption, tôt ou tard, d’une loi sur la fin de vie, conforme aux propositions de la Convention citoyenne, ne pourra que contribuer à relancer ce dossier.

Réponse

Si les funérailles civiles sont juridiquement possibles depuis la loi du 15 novembre 1887, leur organisation demeure, dans les faits, très inégalement facilitée selon les territoires, créant des situations parfois indignes et contraires à l’esprit même de la laïcité.

Nous devons rappeler que cette question faisait précisément partie des réflexions et propositions soutenues par l’Observatoire de la laïcité avant sa suppression en 2021. L’Observatoire rappelait régulièrement que la laïcité ne se réduit pas à la neutralité de l’État à l’égard des cultes, mais qu’elle implique aussi la garantie effective de la liberté de conscience, y compris pour celles et ceux qui souhaitent des obsèques civiles, dignes et accessibles. Faciliter, au niveau local, l’organisation de funérailles non religieuses relève pleinement de cette exigence d’égalité et de liberté.

Cette position a aussi été défendue par diverses associations, comme le CLUB-ECEF, ainsi que par des parlementaires appartenant notamment aux groupes socialiste et apparentés ou La France insoumise.
Elle demeure aujourd’hui largement partagée par les membres de la Vigie de la laïcité, qui en l’espèce s’inscrit dans la continuité intellectuelle et républicaine de l’Observatoire. 

Nous considérons en effet que l’absence de solutions adaptées pour les cérémonies civiles constitue une inégalité de traitement de fait, difficilement justifiable dans une République laïque où une large majorité de la population se déclare non pratiquante et où un peu plus de sa moitié se déclare non-croyant, athée, indifférent ou agnostique.

Soyez assuré que nous entendons aborder explicitement ce sujet dans le cadre de rendez-vous déjà demandés avec plusieurs membres du Gouvernement. À ce stade, ces sollicitations sont restées sans réponse, mais nous continuons à porter cette question, qui mérite d’être traitée avec sérieux, apaisement et sens des responsabilités.

Vous avez raison également de souligner le rôle croissant de la société civile — coopératives funéraires, nouvelles formes d’accompagnement — ainsi que les liens évidents entre cette réflexion et les débats contemporains sur la fin de vie. Ces évolutions témoignent d’une attente sociale forte à laquelle les pouvoirs publics et politiques (notamment le Sénat) ne pourront durablement rester sourds.

Nous vous remercions encore pour votre contribution, qui alimente utilement une réflexion indispensable pour une laïcité concrète, respectueuse et pleinement inclusive.

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