Questions/Réponses

Contestation d’un port du voile par une intervenante externe à l’Education nationale

Publié le 14/10/2026 par Vigie de la Laïcité
Avec Vigie de la Laïcité

Publié le 14/10/2026
Par Vigie de la Laïcité
Avec Vigie de la Laïcité

Question

Nous nous permettons de vous contacter au nom d’une association culturelle de la loi 1901 basée en Seine-Saint-Denis. Notre association développe des projets et événements artistiques et culturels, ainsi que des actions de médiation et des ateliers auprès de différents publics, notamment dans les établissements scolaires et les structures sociales et culturelles.

Dans le cadre de nos actions, nous sommes particulièrement attachés aux valeurs de mixité, de diversité, de non-discrimination, de vivre-ensemble et de respect de chacun. Ces principes occupent une place importante dans notre manière de concevoir et de mener nos projets.

C’est dans cet esprit que nous souhaitons aujourd’hui vous partager une expérience rencontrée dans le cadre du projet « Jeunes contre le racisme », porté avec le soutien du Département de la Seine-Saint-Denis. Ce projet a pour objectif de faire comprendre aux jeunes les mécanismes sociétaux du racisme pour mieux se défendre au quotidien, via un parcours artistique mené par une intervenante spécialisée. Ce parcours est déployé dans de nombreux collèges, à la demande d’enseignants référents, avec différentes associations dont la nôtre. Vous trouverez le détail du parcours proposé dans l’un de ces collèges l’an dernier dans ce contexte. 

Lors de la restitution finale du projet, notre volontaire en service civique, qui avait participé à l’ensemble du parcours a été invitée par l’équipe de direction à retirer son voile ou à quitter l’établissement. Nous avions déjà été confrontés auparavant à cette question et le conseil d’administration de l’association, éclairé par des avis juridiques extérieurs avait pris acte que nos intervenants n’étaient pas soumis à la neutralité, ne faisant pas partie du personnel de l’éducation nationale. Une note interne que vous trouverez en PJ a été réalisée l’an dernier afin de permettre aux intervenants de l’association d’avoir un positionnement clair. La référente présente lors de cet échange, a exposé les différents points juridiques opposables ainsi que l’absurdité et la violence pour l’intervenante d’être ainsi écartée du projet pour la dernière étape, un moment important et valorisant en présence de l’intervenante. Afin de rester fidèle aux valeurs et charte de l’association, et permettre une clôture correcte de ce projet contre le racisme, elle a proposé à l’intervenante de rester et que l’association, en respect de sa charte et ses valeurs, assume les conséquences de cette décision le cas échéant. Vous trouverez ci joint le rapport circonstancié correspondant à cet évènement.

À la suite de cet événement, nous avons informé le département, qui est le porteur du projet, qui nous a assuré de son soutien et d’une lecture commune des textes, et qui a pris le relais du dialogue avec l’éducation nationale concernant cet événement puisqu’ils sont porteurs du projet. Nous souhaitons préciser que notre démarche n’a pas pour objectif de créer une polémique ou un conflit avec l’établissement. Simplement de laisser nos intervenants libres de leur identité dans le respect de la loi. Le chef d’établissement a contacté le rectorat, de notre côté nous avons transmis l’ensemble des éléments auprès du département et n’avons pas eu de suite pour l’instant. 

Cependant l’enseignante référente a fait l’objet d’une convocation de la part du rectorat pour atteinte à la laïcité et insubordination. Elle est accompagnée du syndicat Sud dans cette affaire et a également le soutien de ses collègues. Cette convocation semble d’autant plus absurde que la professeure n’est en aucun cas intervenue dans la décision que l’intervenante assiste à la restitution, elle était partie chercher sa classe. Il lui est également reproché de ne pas avoir prévenu avant que notre intervenante était voilée, or il y avait un second enseignant référent lors du projet, présent lors de toutes les séances, qui n’a pas été convoqué et l’ensemble de l’équipe enseignante a eu l’occasion de croiser l’intervenante tout au long du parcours dans la salle des professeurs avant nos interventions, et les chefs d’établissement eux même l’avait rencontré lors de la réalisation de la fresque. 

Notre souhait est avant tout de partager notre expérience, de recueillir votre regard et de mieux comprendre le cadre applicable, afin que ce type de situation puisse être mieux anticipé et, nous l’espérons, évité à l’avenir pour notre équipe comme pour d’autres intervenants associatifs.

Nous souhaiterions également savoir si vous avez des conseils à nous transmettre sur la marche à suivre pour nous protéger au mieux, notamment pour sa référente qui pourrait avoir des conséquences, la procédure ‘ne faisant que commencer’ selon le rectorat.

Vous trouverez donc en pièces jointes notre rapport circonstancié ainsi que la note juridique relative à la laïcité, afin de vous permettre de prendre connaissance du contexte et des différents éléments. Le rapport précise également que notre démarche auprès des partenaires n’a pas vocation à créer une polémique, mais à signaler une situation ayant eu des conséquences importantes pour notre équipe et notre volontaire.

Réponse

Sur le fond, votre analyse (au-delà de quelques imprécisions sans conséquence : par exemple, “ostensible” signifie plutôt : visible de tous et immédiatement reconnaissable comme marque d’appartenance) me paraît globalement solide : un intervenant extérieur associatif (y compris une volontaire en service civique) n’est effectivement pas soumis à l’obligation de neutralité du seul fait de son intervention en milieu scolaire ou du financement public du projet. Cette neutralité ne s’imposerait que dans l’hypothèse où l’intervenant exercerait alors une mission de service public, c’est-à-dire que si l’intervenant se voyait expressément confier la conduite autonome d’une activité pédagogique intégrée aux apprentissages (direction de séance, transmission structurée des connaissances, évaluation des élèves…) ce qui ne semble pas correspondre au rôle de votre volontaire, intervenue aux côtés de l’artiste muraliste et, semble-t-il, sous la responsabilité pédagogique des enseignants. Par exemple, Latifa Ibn Ziaten a évidemment parfaitement le droit de se rendre dans les établissements scolaires avec son foulard, pour faire part de son témoignage contre le radicalisme. La décision de la CAA de Lyon du 23 juillet 2019 (au-delà du fait qu’elle n’a été ni infirmée ni confirmée par le Conseil d’État) est souvent largement surinterprétée.

Sur la marche à suivre, je vous suggère :
– Si ce n’est déjà fait, de saisir formellement le rectorat par écrit, en exposant les éléments de droit rappelés ci-dessus et en demandant un réexamen de la situation, notamment de la procédure engagée à l’encontre de la référente. À propos du positionnement de votre volontaire, il est possible de le préciser, par exemple, comme suit : “S’agissant de notre volontaire, nous rappelons qu’elle n’a exercé aucune mission de service public : intervenant en qualité de partenaire associatif aux côtés de l’artiste muraliste et sous la responsabilité pédagogique des enseignants référents, elle n’a participé ni à la conduite autonome de séance, ni à la transmission structurée des savoirs, ni à l’évaluation des élèves ; sa simple présence à la restitution, dans le cadre d’une action culturelle, ne saurait fonder à elle seule l’application du principe de neutralité“.
– Si vous le souhaitez, vous pouvez, dans ce courrier, faire état de mon analyse exacte, en tant qu’ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, puisqu’alors en charge notamment de la relecture pour validation du vadémécum laïcité à l’école.
– Si cette démarche reste sans réponse ou sans suite satisfaisante, il est possible de saisir un délégué du Défenseur des droits, qui peut intervenir gratuitement et de façon indépendante.
– S’agissant du tribunal administratif (TA) : un recours pourrait intervenir une fois qu’une décision formelle faisant grief (une sanction, par exemple) aura été prise à l’encontre de la référente (une simple convocation n’étant la référente elle-même, avec l’appui de son syndicat le cas échéant, plutôt que de votre association. Si, en revanche, une décision venait à viser directement votre association – par exemple une exclusion de futurs partenariats scolaires -, disposerait alors d’un intérêt à agir propre pour la contester devant le tribunal administratif, indépendamment du recours que pourrait former la référente à titre personnel.

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